Homélie – 26 ème dimanche du temps ordinaire

« Bougez-vous ! Changez vos cœurs et vos attitudes ! Venez travailler à ma vigne ! »
Voilà le message du jour. Les propos du prophète Ezékiel, la lettre de Paul et les paroles de Jésus nous appellent à nous déplacer, à nous mettre en marche… à la fois dans un mouvement intérieur de conversion vers Dieu, et dans une action extérieure tournée vers les autres. Dans notre société, la marche revient à la mode. Elle trouve de plus en plus d’adeptes. Elle se pratique sous différentes formes. Mais, toutes les marches n’ont pas le même but. Selon les cas, elles peuvent être un exercice de santé, un défilé de revendication sociale – comme les marches du climat par exemple, un peu partout ce week-end. Elles peuvent être une quête de liberté ou de salut, ou encore une véritable démarche spirituelle ! Mais toutes sont l’expression d’une vie réelle ou la recherche d’une vie meilleure. Vendredi soir au Stade de France, devant 80 000 jeunes, nous avons vu le défilé des sanctuaires et des pèlerinages de France. Nous avons vu la longue marche des catéchumènes qui les conduit vers le Père dans l’Esprit. Dans notre diocèse même, c’est avec un bâton de pèlerin que nous marcherons toute l’année sur les pas de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Dans notre paroisse, nous reprenons cette année la formation « En marche avec Jésus Christ ».

Et, en ce 26 ème dimanche du temps ordinaire, la Parole de Dieu nous aide à éviter les fausses routes et à distinguer les vrais chemins.
Dans l’évangile, les grands prêtres et les Anciens du peuple auxquels Jésus s’adresse connaissent bien la Loi et les Prophètes. Ou plutôt, ils croient savoir ! Ils affichent une certaine supériorité vis-à-vis de ceux qu’ils considèrent comme des ignorants ou des mécréants. Ezékiel pourtant dénonçait déjà la mauvaise conduite des fils d’Israël.
Et, quelques siècles plus tard, Jésus leur reproche de ne pas s’être repentis pour croire à la parole de Jean Baptiste. A son tour, Paul écrit aux Philippiens : « Ne soyez jamais vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous- mêmes. »
Dans la mesure où nous avons des habitudes ou des certitudes, ce message nous concerne encore aujourd’hui. Derrière un visage apparemment ouvert et tolérant, nous risquons de porter intérieurement un regard condescendant, méprisant ou malveillant sur ceux et celles qui ne pensent pas comme nous, qui ne partagent pas nos valeurs ou notre culture ! Nous risquons même de les éviter ou de colporter sur eux des jugements sans concession. Voilà le pharisien en nous ! Alors, oui, il est temps de nous bouger, de nous remettre en cause…

Les publicains et les prostituées, eux, croient ne rien savoir, sinon qu’ils ne sont pas grand-chose, qu’ils ne pèsent pas lourd face à Dieu. En fait, ils ont appris la confiance à partir de leur expérience de vie, ou à travers des paroles échangées et des rencontres humaines. Jésus nous dit qu’ils savent croire dans la vie, ce qui leur donne la capacité de se convertir. Pour nous, nous convertir, c’est abandonner nos propres intérêts pour penser à ceux des autres. C’est prendre la condition de serviteur, comme le Christ qui s’est abaissé jusqu’à devenir semblable aux hommes.

Si nous commençons à savoir croire en l’autre, il nous reste à savoir agir.
Dimanche dernier, dans l’évangile, nous avons entendu la parabole des ouvriers que le maître envoie travailler à sa vigne à tout moment de la journée. Aujourd’hui, dans une autre parabole, ce sont deux fils auxquels un père demande un service. On peut en conclure que Dieu croit en chacun de nous sans exception, quelle que soit la nature de nos liens avec Lui. Quant aux deux frères de la parabole dont nous parle Jésus, leurs réactions sont différentes. L’un des deux refuse tout de go. Plus tard – on ne sait pas quand… mais peu importe ! – plus tard donc, il se ravise et se met en marche pour répondre à la demande son père. Le second a tout de suite accepté mais il n’a pas bougé d’un centimètre. On imagine facilement une troisième réponse possible que Jésus n’évoque pas : dire oui et y aller. Réponse idéale, sans doute !
Malheureusement, nous savons bien par expérience que, dans notre vie, il y a souvent un écart entre nos paroles et nos actes ! Le déplacement que nous sommes appelés à effectuer ne se limite donc pas à un changement d’attitude intérieure. Il ne peut pas être dissocié d’un engagement concret aux côtés de nos frères, notamment avec ceux qui en ont le plus besoin.
En ce temps de prière œcuménique pour la sauvegarde de la création, en cette journée mondiale des migrants et des réfugiés, le Pape Léon XIV est en France pour nous rappeler que la justice naît (ou prend naissance) et s’accomplit dans la fraternité. Dans son encyclique sur la protection de la personne à l’ère de l’intelligence artificielle, il écrit : La justice sociale est une forme concrète de vie à la suite de Jésus et de fidélité à son Evangile (1) . Nous aurons l’occasion de la découvrir ou de l’approfondir ensemble samedi prochain lors de l’atelier des adultes du « Samedi pour Dieu » à la Vicairerie.

En tous cas, dans notre démarche de croyant qui parfois hésite, s’arrête, recule, dérape ou tombe, nous pouvons comme le psalmiste, nous tourner vers Dieu et lui dire :
« Seigneur enseigne-moi tes voies. Fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité ». Son amour et sa miséricorde nous éclaireront sur la bonne route à prendre.

Faut-il vraiment attendre plus longtemps pour nous mettre en chemin ?

Hubert Ploquin,diacre

(1) M.H. §77

Du livre du prophète Ezékiel (18, 25-28)
« Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie. »
Psaume 24 (25)
« Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse. »
De la lettre de l’apôtre Paull aux Philippiens (2, 1-11)
« Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus. »
Evangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu (21, 28-32)
« S’étant repenti, il y alla. »