Homélie – 23ème dimanche du temps ordinaire

Nous sommes rentrés dans le Temps pour la Création, qui se déroule chaque année entre entre le 1er septembre et le 4 octobre.
Ce temps liturgique, s’enracine dans l’encyclique Laudato Si’ du pape François. Il nous engage à prendre soin de la Création et à écouter le cri de la terre et le cri des pauvres qui sont étroitement liés. Ce temps nous invite à la prière et à l’action pour la protection de notre maison commune.

L’été de cette année a accablé notre pays par des périodes de canicule, de sécheresse et de nombreux incendies de forêt. Les médias nous ont partagé ces images de douleur ou de désolation, montrant comment notre terre souffre ainsi que les créatures qui l’habitent. Peut-être nous-mêmes avons souffert directement de ces circonstances !

Nous pouvons d’abord prier pour tous ceux qui ont souffert de ces événements dramatiques, et pour tous ceux qui nous ont quitté lors de cette période.
Nous prions aussi pour tous ceux qui par leur travail nous permettent de vivre, en particulier les agriculteurs, les maraîchers, les éleveurs, qui voient concrètement souffrir les plantes et les animaux, et qui se demandent comment continuer leur activité malgré les bouleversements.
Nous pouvons aussi prier pour ceux qui souffrent également du changement climatique, dans différents endroits de notre terre.

Nous ne pouvons pas rester insensibles ou inactifs face à la dégradation manifeste des conditions d’existence et de survie de l’humanité. Aussi je nous propose de regarder comment les textes de ce jour peuvent nous aider à réfléchir aux attitudes et aux actions que nous pouvons entreprendre, individuellement et collectivement .
Dans la première lecture, le prophète Ezekiel nous enjoint d’avertir le méchant de se détourner de sa conduite mauvaise, car il y va de notre responsabilité de croyant. Et ce quel que soit le résultat de notre avertissement sur le méchant.
Cela fait partie en effet de notre rôle de prophète qui découle de notre baptême, qui nous fait prêtre, prophète et roi. Dans la Bible, le prophète est celui qui reçoit une mission de Dieu, pour annoncer au peuple la Parole de Dieu ; mais aussi le prophète dénonce notamment les injustices, les abus de pouvoir, les excès désordonnés des quelques-uns qui nuisent au bien commun, à la maison commune ; le prophète dénonce avec patience, sans se décourager.
De nos jours, nous voyons par exemple des personnes dans une posture prophétique qui alertent et dénoncent, parfois depuis des dizaines d’années , ceux qui participent directement ou indirectement à la destruction de la terre, notre maison commune.
Cette destruction est assimilable à un non respect de l’alliance établie entre Dieu et la création : comme en effet le rappelait le Pape François, la sauvegarde de la création concerne l’imbrication du mystère de l’homme et du mystère de Dieu (1)
Nous sommes ainsi invités à nous interroger sur notre attitude personnelle :
Est-ce que nous rejoignons les hommes et les femmes engagées dans la dénonciation du mal fait à la création autant par l’être humain, que par les structures de péché ainsi que Saint Jean-Paul II les a nommées ? Ne renonçons donc pas à notre rôle de prophète !
Nous sommes aussi invités à réfléchir sur notre propre manière d’agir vis à vis de la création . Pour nous y aider, le document final du synode pour l’Amazonie, évoque la notion de péché écologique, ou péché contre la création, qui peut se définir en ces termes : « C’est une action ou une omission contre Dieu, contre le prochain, la communauté et l’environnement. C’est un péché contre les générations futures qui se manifeste par des actes et des habitudes de pollution et de destruction de l’harmonie de l’environnement, par des transgressions contre les principes d’interdépendance et par la rupture des réseaux de solidarité entre les créatures. » (2)
Nous comprenons donc que le salut, notre salut est lié à celui de la création toute entière qui attend avec impatience, comme le rappelle St Paul (3), la révélation des fils de Dieu.
Donc une première attitude qui devrait nous habiter : la dénonciation des atteintes à la création, à la maison commune et la prise de conscience de notre implication éventuelle par les choix que nous faisons et qui peuvent être qualifiés de péchés. Lorsque nous faisons notre examen de conscience sous le regard de Dieu avant de recevoir le sacrement de réconciliation, nous sommes invités à élargir notre réflexion sur les péchés que nous avons pu commettre envers la création.

L’évangile que nous avons entendu évoque justement le péché qui peut surgir au sein d’une communauté ecclésiale. La nature du péché n’est pas précisée, cela peut donc s’appliquer à toutes les situations, donc notamment au péché contre la création.
La démarche qui est ici proposée par Jésus rejoint le principe de subsidiarité (les étapes proposées pour la résolution du problème commencent par un tête à tête avant de faire intervenir d’autres personnes) jusqu’à si nécessaire une démarche synodale (lorsque toute l’assemblée est invitée à se prononcer).
La subsidiarité et la synodalité, éléments de la doctrine sociale chrétienne et évoquées dans l’encyclique Magnifica Humanitas du Pape Léon puisent donc leur origine dans l’Écriture Sainte, dans la bouche de Jésus lui- même !

Cet évangile peut nous surprendre par sa radicalité, qui peut aller jusqu’à l’exclusion d’un membre de la communauté. Nous pouvons alors mettre en perspective la parabole du bon grain et de l’ivraie, entendue le 19 juillet (16e dimanche ordinaire) qui nous rappelle que c’est le Seigneur qui fait ce tri, à la moisson.
Saint Augustin mettait déjà en garde et invitait au discernement, et à la patience, je le cite : «Quand l’Apôtre dit : « Reprends les pécheurs publics en présence de tout le monde, afin d’intimider les autres; » il ne contredit pas la parole du Seigneur : ‘ Reprends-le entre toi et lui. » C’est là en effet un double précepte qu’il faut appliquer en consultant les maladies différentes des pécheurs dont nous voulons la guérison et le salut, non la perte : le remède varie selon les personnes. La règle est donc différente, selon qu’il faut tolérer les mauvais avec indulgence, ou les reprendre et les corriger, les repousser et les retrancher de la communion des fidèles ‘ (4)

Toutefois, c’est dans l’amour mutuel, comme nous le rappelle St Paul dans la 2e lecture, que toutes nos attitudes, toutes nos actions, toutes nos décisions doivent puiser leur origine. Cet amour mutuel qui nous ancre chacun et toute la communauté ecclésiale dans l’amour de Dieu. Cet amour mutuel qui nous invite également à regarder la création, le monde qui nous entoure, comme un prochain à aimer.

Alors, comme nous y enjoint le psalmiste, « Ne fermons pas notre cœur » !
Et laissons dans la prière éclater notre joie d’être aimé de Dieu, louons le et rendons lui grâce pour toute la création et tout ce que nous recevons de Lui, Père, Fils et Saint-Esprit.

Guillaume Amelin, diacre

(1) MESSAGE DE SA SAINTETÉ LE PAPE FRANÇOIS POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LA
SAUVEGARDE DE LA CRÉATION 2024, §8
(2),AMAZONIE : NOUVEAUX CHEMINS POUR L’ÉGLISE ET POUR UNE ÉCOLOGIE INTÉGRALE, 2019, § 82
(3) Rm 8,19 ss
(4) SAINT AUGUSTIN, « De la Foi et des Œuvres », Tome 5, chapitre III (1867).