Homélie – 17ème dimanche du temps ordinaire

Seigneuir en ta tendresse, donne à chacun la claire vision de ce qu’il doit faire et la force de l’accomplir.

    Que faire dans ce temps d’incertitudes ? voilà une question à laquelle j’avais commencé à répondre dimanche dernier, à propos de l’Evangile du bon grain et de l’ivraie puisque nous sommes dans ce temps où Le Royaume de Dieu n’est pas encore établi alors que le mal est à l’œuvre en ce monde. Mais, la réponse ne pouvait être qu’incomplète et elle m’a été à nouveau posée à la suite de mon homélie, comme signe de l’inquiétude réelle de ce que nous pouvons faire en ce moment. Une première réponse rapide est qu’effectivement nous avons des choses à faire, à vivre. Et je crois que comme chrétiens catholiques, j’insiste sur ce point catholiques, nous avons un rapport au monde particulier, nous sommes attendus plus que nous le croyons par de nombreuses personnes de la société civile et tous ceux et celles parmi nous qui y sont engagés peuvent en témoigner. Ce que nous avons à faire à la lumière de l’Evangile de Jésus-Christ, ce sont des choix forts, simples et porteurs de vie. Choix à la lumière de ce que Jésus notre frère ainé a vécu, grâces du discernement et de la force que le Seigneur peut nous donner.

Agir à l’image de Jésus le frère aîné
Ce que nous pouvons faire en ce monde nous est donné par Jésus dont Paul nous dit qu’il est le frère aîné d’une multitude de croyants. Nous avons en ce monde cette première grâce d’être appelés frères et sœurs parce que Fils d’un même Père, Paul d’ajouter « quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son d’amour ; il en a fait des justes, et ceux qu’il a rendu justes, il leur a donné la gloire. » (Ro 8). Notre frère aîné nous a montré et montre un chemin de vie dans ce monde ; Lui, dont on peut dire qu’il est Sagesse de Dieu, celui qui est vraiment capable de discerner ce qui peut être fait. St Louis Marie Grignion de Montfort, dont nous allons entrer dans l’année a écrit un livre sur l’Amour de la Sagesse éternelle qu’est le Christ. Le Christ nous parle de ce monde où avec les différentes paraboles qu’il vient d’utiliser ces derniers dimanches, il nous montre que sa parole se fraie un chemin et que c’est un trésor sans prix, puisqu’il s’agit de tout donner ! pour l’accueillir. C’est une première grâce à accueillir qui nous fait œuvrer en ce monde, et sans laquelle rien n’est possible.

La claire vision
Une deuxième grâce, le discernement, cette grâce demandée par Salomon. La sagesse de Salomon, une prière intemporelle, que je traduis aussi à partir de la sage prière de l’Eglise, je veux parler de la prière liturgique qui est la source de toute vraie prière. Une prière de la première semaine du temps ordinaire ou pour les prières universelles : « aux appels de ton peuple en prière, réponds, Seigneur, en ta tendresse : donne à chacun la claire vision de ce qu’il doit faire et la force de l’accomplir ». Je prends la première partie tout d’abord : donne à chacun la claire vision de ce qu’il doit faire. C’est ce que fait le maitre de maison de tirer de son trésor du neuf et de l’ancien. Avoir le regard sur notre monde et voir ce qui est en jeu dans notre monde, voilà ce que Jésus ne cesse de faire dans son Evangile et qu’à notre tour nous pouvons faire. J’évoquais dimanche dernier l’encyclique de notre Pape dans laquelle il évoque ladite «intelligence artificielle ». Mais ce n’est qu’un des défis lancés à notre « magnifique humanité » selon le titre de l’encyclique. Et dans ce texte, il nous présente tout le travail de discernement opéré par l’Eglise en ces temps pour les « nouvelles choses » qui arrivent. Il reprend ainsi le titre de la première encyclique de Léon XIII,«rerum novarum » qui parlait des nouvelles choses, nouveaux défis posés à la fin du 19ème sicèle et depuis lors l’Eglise a développé un discernement actif où l’être humain, image du Dieu trinitaire, est au cœur du discernement, avec des principes dont le bien commun, et la justice sociale pour un développement humain intégral.

La force de l’accomplir
Si nous pouvons faire acte de discernement, une troisième grâce est nécessaire : C’est la force de l’accomplir. En ces périodes, nous voyons bien tout ce qu’il y faudrait faire. Le Pape dans son encyclique nous donne de nombreux exemples, dont je cite un des passages « il existe une trame plus cachée mais décisive : les communautés religieuses qui choisissent des lieux pauvres et dangereux ; les martyrs de la fraternité et de la justice comme saint Maximilien Marie Kolbe, saint Oscar Romero… Et, surtout, les “martyrs du quotidien” qui soignent, éduquent, accompagnent, consolent sans faire de bruit, comme les parents, les infirmiers, les médecins, les bénévoles, les personnes qui restent aux côtés d’une personne âgée ou d’un exclu. Leur témoignage montre que le bien ne se fait pas de manière automatique, mais qu’il exige de la persévérance, de la mémoire et une conversion qui rend capable de recommencer même après les défaites. » (Magnifica humanitas, 125) En ces périodes bouleversées et alors qu’a été votée la loi sur la fin de vie, nous aurons toujours cela à faire. Alors comme le dit le prophète Isaïe, « ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. » (Is 58.8)

    Ainsi donc ce que nous pouvons faire, est d’abord une grâce qui nous vient de Jésus, notre frère aîné, grâce de discernement et de force. C’est peu de dire que cela sera proposé à chacun, mais surtout pour le bien de tous pour que le Royaume de Dieu grandisse : « que vienne ton règne… »

Michel Leroy, curé

1 R 3
Ps 118
Ro 8, 28-30
Mt 13, 44-52