Homélie – 16ème dimanche du temps ordinaire

Qu’est-ce que fait le bon Dieu ? Que faire avec ce mal en nous et autour de nous : prier et agir.

Que fait le bon Dieu ? Ou s’il existait, il n’y aurait pas tout ce mal dans le monde. Face au scandale du mal, c’est souvent la première question qui est posée avec, en suite, cette idée. La réponse à la question, nous l’avons en partie dans cet Evangile du bon grain et de l’ivraie. En effet, l’ivraie, dont le nom est passé en français, est la zizanie, cette mauvaise herbe semée dans un champ de blé : le mal semé dans le royaume des cieux. Aussi commençons par revenir sur cette question avant de voir la réponse de Dieu et de Jésus et ce qui peut advenir face à ce mal, cette zizanie.

Que fait le bon Dieu ? Cette question qui ne l’a jamais posée face au mal, face au mauvais, représentés par la mauvaise herbe la zizanie. Ce mal autour de nous, ce mal aussi en nous. Ce mal autour de nous, nous le voyons pousser, grandir. Il est de tous ordres. Il y a aussi ce mal en nous. Je ne veux pas ici dresser un tableau inquiétant de la situation, alors que justement, il nous s’agit plutôt de voir ce que fait le bon Dieu.
C’est ici que l’on peut relire la première lecture qui nous parle de la « toute-puissance de Dieu ». C’est me semble-t-il là que se trouve la principale tentation, celle de rejeter Dieu, alors qu’il pourrait faire quelque chose et qu’il semble ne rien faire.. Dans cette première lecture, nous entendons quelque chose qui doit nous faire réfléchir. A savoir, que bien sûr Dieu peut tout, mais parce qu’il peut tout, on le dit tout- puissant, il ne choisit pas la puissance immédiate pour répondre au mal. L’argument évoqué par la Sagesse est étonnant, « tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain, à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion. » Même si nous le comprenons pour nous-mêmes quand nous avons conscience d’avoir commis le mal, nous le comprenons moins bien quand nous sommes victimes ou nous voyons le mal s’inscrire autour de nous. Là encore, il nous faut faire un pas de plus, c’est ici qu’il nous faut demander l’Esprit de Dieu qui vienne au secours de notre faiblesse. Dans une grande cohérence avec ceci, Jésus, lui le seul juste, qui sera victime du mal, dit bien que lors de son arrestation : « crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt plus de douze légions d’anges » (Mt 26,53). Au lieu de l’envoi de régiments d’anges, la réponse de Dieu sera le pardon aux agresseurs, la résurrection par l’Esprit dans l’amour. Je ne dis pas que cela nous soit simple à comprendre et facile à vivre. Le mal subi et la souffrance sont et demeurent injustifiables. Mais, c’est le chemin que Jésus nous montre.

Ainsi donc, Dieu tout-puissant, Jésus-Christ, laisse aussi pour Lui, pousser le bon grain et l’ivraie en ce monde. Il nous laisse avec cette image qui devient une réalité. Laisser pousser l’ivraie au milieu du bon grain parce que Dieu veut nous laisser le temps de la conversion ainsi que le dit le psaume. Parce que c’est à la fin du monde que nous pourrons ultimement voir ce qu’il en est vraiment des conséquences de tous nos actes, quel qu’ils soient.
Mais dans ce temps où poussent l’ivraie et le bon grain, que devons-nous ou pourrions-nous faire et surtout comment vivre si l’on est victimes ? Prier et agir.
Nous situer dans la prière, pour demander au Seigneur ce dont nous avons besoin. Parmi les prières, il y a la prière pour les bourreaux, ceux qui persécutent. Longtemps cette idée m’a été totalement étrangère. Comment pourrions-nous demander quelque chose pour ces personnes si ce n’est qu’elles s’amendent, qu’elles demandent pardon et surtout qu’elles soient jugées ? Ceci est vrai. Mais le problème est que nous devons être humains, et qu’il nous faut revenir à ce que Dieu lui-même a fait : à savoir que les bourreaux, les persécuteurs puissent aussi être sauvés…sinon, nous entretenons nous-mêmes cette spirale du mal et de la haine. Plus facile à dire qu’à faire. Mais ne doutons pas que Dieu est avec nous, qu’il porte notre joug, notre fardeau avec nous, rappelons-nous cette autre image.
Prier et agir en « juste qui doit être humain ». C’est ici que se joue la lutte contre l’injustice, ne pas consentir au mal autour de nous et en nous. A ce propos, je vous invite à lire ces deux pages du Pape Léon, dans son encyclique « Magnifique humanité, Magnifica humanitas » sur notre usage de l’IA, où nous pouvons être de ceux qui alimentent le mal, entre autres celui de l’esclavage moderne et ceci malgré nous…Autre exemple, mener le combat pour que l’Eglise soit toujours plus sûre, cette plante potagère qui doit et devrait, accueillir tout un chacun dans la paix.
Demandons la force et la paix de Dieu, pour que nous puissions faire grandir le royaume de justice et de paix pour tous malgré l’ivraie, Ce sera sans doute bien discret, ou secret, mais tellement vital pour nous, le monde, l’Eglise, à la gloire de Dieu et le salut du monde

Michel Leroy, curé

Sg 12
Ps 85
Ro 8,26-27
Mt 13,24