De la rencontre au dialogue

Le dialogue intérieur.
C’est l’été… le temps des rencontres et des événements qui nous sortent de la routine… C’est la période où ma vie ne se réduit pas à ce qui est organisé, prévu, ou imposé. C’est un moment favorable pour accueillir la nouveauté, laisser place à l’émerveillement, découvrir l’inconnu, entrer en dialogue intérieur avec ce qui me parvient de l’extérieur : une parole entendue qui retient mon attention, une personne rencontrée, un échange amical, un paysage naturel de toute beauté, la visite d’une église ou la contemplation d’une œuvre d’art dans un musée. Tout ce qui m’arrive peut susciter en moi des émotions, des prises de conscience, des réflexions qui se répercuteront peut-être sur ma manière d’être, voire sur le cours de ma vie.
L’Écriture dit de Marie qu’elle gardait et méditait ces événements dans son cœur.
L’intériorité est déterminante. Elle permet de graver en moi des situations, des paroles et des rencontres dont je ne comprendrai parfois le sens que bien plus tard. Elle me permettra d’apprendre à lire l’invisible à travers le visible. Le dialogue intérieur avec la vie est vécu par tout homme ou toute femme quelles que soient ses convictions et ses croyances philosophiques ou religieuses.

Le dialogue avec Dieu.
Pour la Révélation chrétienne, Dieu dialogue avec tout homme. Le Concile Vatican II l’a clairement formulé : « Dieu parle aux hommes comme à des amis ». Dieu parle à travers des événements et des signes… Beaucoup d’adultes qui demandent le baptême n’ont jamais rencontré l’Église ! Comment discerner alors qu’il s’agit bien du dialogue de Dieu avec chacun ? Il faut vérifier si « ce qui arrive » et la réponse qui en résulte apportent davantage de vie.
Dans ce dialogue, Dieu ne dit pas son nom. Où serait la liberté humaine ? Il laisse à l’homme le soin de le nommer publiquement ou secrètement. Par exemple : entre deux personnes qui s’aiment, Dieu est présent. Il ne parle pas. Il se donne lui-même: IL EST L’AMOUR entre ces deux êtres. Comme on le voit, le dialogue avec Dieu n’est pas forcément religieux. La religion peut même être un très grand obstacle, dès lors qu’un être humain met sa confiance dans ses pratiques religieuses plutôt que dans l’offre de salut.
On appelle ce dialogue, dialogue du salut, parce qu’il a Dieu pour auteur, « venu pour que les hommes aient la vie en abondance ». Selon le pape Paul VI, « l’histoire du salut raconte précisément ce dialogue long et divers qui part de Dieu et noue avec l’homme une conversation variée et étonnante. »
Ce dialogue entre Dieu et l’homme culmine dans le don total et inconditionnel de Dieu lui-même en Jésus, et la libre réponse de l’homme appelé, comme le Christ, à donner sa vie par amour de son Père et de ses frères et sœurs en humanité.
Le récit des noces de Cana révèle le mariage entre Dieu et l’humanité, entre Dieu et chaque être humain qui y
consent.

Le dialogue dans la rencontre de l’autre.
L’autre est aussi « ce qui m’arrive ». Et ce dialogue suppose non seulement que l’autre arrive à moi ou que j’aille à sa rencontre, mais encore que j’aie une capacité à le recevoir et une réponse à lui offrir. Relisons le récit de la rencontre inattendue de Jésus avec une femme Samaritaine au puits de Jacob… Surprise par les mots de Jésus qui lui demande à boire, elle accepte d’entrer dans le dialogue qui s’instaure au cœur de la rencontre : la parole de l’un traverse l’existence de l’autre et réciproquement. Avec ses questions, la femme perce l’identité de ce juif en qui elle découvre «le Messie, celui qu’on appelle Christ.» Pour sa part, Jésus détecte chez cette femme une profonde recherche d’amour et de transcendance qui la conduit à l’adoration du Père en esprit et en vérité.
La rencontre et le dialogue se conjuguent. Tout dialogue entre personnes surgit dans la rencontre. La rencontre est la condition du dialogue. Mais toute rencontre n’est pas dialogue. On peut se rencontrer sans dialoguer. Mais on ne peut pas dialoguer sans se rencontrer.
Dans la Tradition chrétienne l’exemple-type du dialogue, c’est la Visitation, la rencontre de Marie et d’Élisabeth.
Marie salua Élisabeth. Saluer quelqu’un, c’est lui souhaiter le salut. Le salut de Marie produit ses effets. Il rejoint Élisabeth au plus profond de la vie qui est en elle et qui tressaille. Le résultat ne se fait pas attendre : Élisabeth s’écrie d’une voix forte : « Tu es bénie entre les femmes et le fruit de tes entrailles est béni. » Le dialogue entre les deux femmes est un dialogue de salut : le salut porté par Marie à Élisabeth ; le salut reçu par la bénédiction de Marie, attestée par Élisabeth. Chacune reçoit de l’autre. Chacune se reçoit de l’autre.
Tout dialogue pastoral conduit par un prêtre, un diacre ou un laïc, a vocation à être un dialogue de salut. La condition fondamentale consiste à croire que Dieu s’est déjà manifesté aux personnes porteuses d’un appel. C’est le cas des fiancés que Dieu a déjà visités puisqu’ils demandent un mariage sacramentel. L’amour dont ils vivent n’est autre que l’amour de Dieu.

S’il est authentique, le dialogue pastoral conduit à la joie et à la soif d’une eau vive jaillissant pour la vie éternelle.

À bon entendeur, SALUT !

Hubert Ploquin, diacre

Cet édito est essentiellement constitué de larges extraits (pp. 47 à 98) du livre de Christian Salenson « Au cœur des autres », Petite théologie du dialogue, septembre 2025, Éditions Nouvelle Cité.