Homélie – 5ème dimanche de Carême

Notre Dieu est un Dieu de vie. Il nous entraîne toujours du côté de la vie.
Quel contraste avec le monde où nous vivons, où l’on n’entend parler que de guerre, de destruction, de déplacement forcé de populations entières, d’exil, et de morts, d’euthanasie et de suicide assisté. Un monde en souffrance que nous ne pouvons pas ignorer, et dans lequel nous sommes parties prenantes.
Dieu nous promet aujourd’hui de sortir du chaos. Il ne s’habitue ni à la
mort et ni aux tombeaux. Il ne nie pas les situations dramatiques que nous vivons, mais il nous promet de nous en sortir et nous offre aujourd’hui un chemin de vie : chemin personnel vers la vie, avec la résurrection de Lazare, et chemin du peuple de Dieu qui avance dans l’Espérance d’un monde meilleur.

Marthe et Marie pleurent leur frère Lazare décédé. Jésus avait été prévenu qu’il était sérieusement malade, mais il est resté encore « deux jours à l’endroit où il se trouvait » avant de prendre la décision de rejoindre les deux sœurs de Lazare : Première constatation : Jésus vient nous rejoindre là où nous en sommes, peut-être pas à l’heure où nous le souhaiterions, ni même au jour où nous l’attendons. Mais il vient à la rencontre de qui sait l’attendre.
Marthe et Marie attendaient Jésus avant que leur frère meure et soit mis au tombeau. Mais, lui en a décidé autrement, car il fallait que la gloire de Dieu soit manifestée et que le mystère de Dieu soit révélé en Jésus Christ par un signe fort : le retour à la vie terrestre de Lazare qui était au tombeau depuis quatre jours.
Mais pour voir la gloire de Dieu, il faut croire. Avant d’enlever la
pierre du tombeau, « Jésus dit à Marthe : « ne te l’ai-je pas dit : si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » Le très beau dialogue entre Marthe et Jésus se termine par : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais.
Crois-tu cela ? Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » On le voit dans les textes de ce Carême, la reconnaissance de Jésus-Christ, comme Messie et Sauveur, passe par le dialogue, la confiance, la Foi, que ce soit avec la Samaritaine, l’aveugle de naissance ou Marthe aujourd’hui. Ces signes divisent : certains croient, d’autres refusent et deviennent hostiles. A Béthanie, nous ne sommes pas loin de la croix.
Jésus, Fils de Dieu est aussi pleinement homme dans ces jours de la maladie et de la mort de Lazare. Jésus, homme parmi les hommes, partage la douleur de Marthe et Marie. Il pleure son ami Lazare et il « est repris par l’émotion » en arrivant au tombeau. Aujourd’hui, Jésus est à nos côtés quand nous sommes en souffrance. Il nous accompagne dans les épreuves. Si nous lui faisons confiance comme Marthe, il nous conduit vers la vie, nous fait sortir de nos enfermements, de nos tombeaux pour un nouveau départ : « déliez-le et laissez- le aller. »
Dieu est un Dieu de vie pour son peuple. Le retour à la vie de Lazare fait écho au passage d’Ezéchiel que nous avons lu : « Je vais ouvrir vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! » Mais dans cette affirmation, il ne s’agit pas de résurrection individuelle, mais de restauration du peuple dans sa dignité de peuple de Dieu, avec le retour sur sa terre. En effet le peuple a été déporté à Babylone, réduit en esclavage, anéanti. Le prophète Ezéchiel reprend la promesse
de libération faite par Dieu : « Quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple », …. « je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez. » Et cela change tout : l’alliance éternelle conclue entre Dieu et son peuple, gravée sur la pierre des tables de la loi, n’est pas abolie, mais transformée, accomplie : c’est la promesse d’une alliance nouvelle où l’Esprit de Dieu habite les cœurs des hommes. C’est la loi de l’amour éternel de Dieu qui s’exprime et s’établit entre Dieu et les hommes.
Saint Paul, 7 siècles plus tard, nous redit que l’Esprit de Dieu habite en
nous. Il nous demande de nous détourner de la vie selon la chair, c’est-à-dire d’une vie centrée sur soi, en cultivant l’indifférence ou la haine. Par contre, il nous invite fermement à nous laisser guider par l’Esprit pour vivre, à la suite du Christ, dans l’amour de Dieu et de nos frères. Cette vie selon l’Esprit, pour Saint Paul, se déploie dans nos relations avec les autres.
Ouvrons les yeux, aujourd’hui : des peuples sont dans une situation
comparable au peuple hébreu déporté à Babylone. Ce sont les Palestiniens, en particulier, ceux de Gaza, les Libanais, les Ukrainiens déportés, notamment les enfants, que l’on veut russifier de force, les peuples opprimés, contraints à l’exil, et ceux qui souffrent de la faim ou de la pauvreté. Dans notre pays, il y a aussi près de 15% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté, et des
familles à la rue avec leurs enfants.
La condition des pauvres est un cri, je cite l’exhortation apostolique du pape Léon XIV, Dilexi te… « un cri qui interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques, et surtout l’Eglise » (§9). « On peut dire que l’engagement en faveur des pauvres et pour l’élimination des causes sociales et structurelles de la pauvreté… reste toujours insuffisant » (§10). Pour lutter contre ces pauvretés, l’Eglise s’est dotée d’associations qui agissent concrètement sur le terrain auprès des plus démunis, ici et à l’étranger. Le CCFD-Terre Solidaire a été créé en 1960 par les évêques de France pour « permettre aux catholiques de devenir acteurs du développement. » Le CCFD est présent auprès des institutions nationales et internationales pour que le cri des pauvres soit entendu. Le CCFD a besoin de vous. L’équipe locale Orvault/Sautron anime la soirée de carême, jeudi prochain, à Sainte Bernadette. Venez et vous verrez….
Profitons de ces deux dernières semaines de carême, pour aller visiter et écouter une personne en situation difficile du fait de la solitude, de la maladie, ou d’une autre pauvreté. A cette occasion, gardons en mémoire le dialogue entre Jésus et Marthe, et faisons de cette rencontre un moment où germe la vie.

Yves Michonneau, diacre