Homélie – Baptême du Seigneur

Dimanche dernier, nous avons fêté les mages, venus rendre gloire à Dieu dans le nouveau né de la crèche. L’évangéliste Matthieu nous présente aujourd’hui, où nous clôturons le temps de Noël, un Jésus adulte, au début de sa vie publique. Jésus vient de la Galilée jusqu’au lieu où Jean le Baptiste attire à lui ceux qui venaient de Jérusalem et de Judée, pour recevoir le baptême pour le pardon de leurs péchés en se plongeant dans le Jourdain.
Jésus commence donc sa vie publique par un important déplacement, depuis la Galilée, pour recevoir un baptême de conversion dont il n’a absolument besoin ; quel paradoxe !

De cet évènement du baptême de Jésus, je vous propose de nous attarder sur 3 aspects :
Tout d’abord, nous sommes invités à nous rappeler que c’est Dieu, Jésus qui prend l’initiative de nous rejoindre. Ensuite, c’est dans notre humanité qu’il
vient nous rejoindre. Enfin Il vient nous rejoindre pour nous proposer de participer à sa divinité.
Pour terminer nous évoquerons quelques pistes pour nous aider à réfléchir à comment faire vivre notre propre baptême.

Tout d’abord, c’est Jésus qui prend l’initiative de venir à la rencontre de Jean- Baptiste. Cela peut nous faire penser au mystère de l’incarnation que nous avons fêté à Noël : Dieu prend l’initiative de nous rejoindre dans notre humanité, sans aucun mérite de notre part. Et c’est toujours Dieu qui inlassablement recherche chacun d’entre-nous, pour nous rappeler son amour
gratuit, et qu’il veut notre bonheur : Nous sommes invités à être attentifs aux signes que nous recevons de Lui, et à les reconnaître dans la relecture de ce que nous vivons, avec l’aide de la prière.

Ensuite, pourquoi Jésus demande t’il le baptême de Jean ? Dans les versets qui précèdent le passage d’évangile que nous avons entendu, Jean-Baptiste annonce la venue du messie, en précisant :
« Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » (Mt 3,11). Si vous vous souvenez, nous avons entendu ce passage lors du 2e dimanche de l’avent (7 décembre 2025)
Donc même Jean-Baptiste ne comprend pas le geste de Jésus, et veut même l’empêcher ! il faut que Jésus affirme qu’il est nécessaire « d’accomplir toute justice » pour qu’Il reçoive le baptême de Jean.
Par cette parole, Jésus peut nous montrer qu ‘Il cherche à s’inscrire dans la lignée des israélites justes, ceux qui se soumettent à la Loi juive et obéissent à ses exigences, ceux qui se soumettent à la volonté de Dieu. Par sa demande d’être baptisé par Jean, Jésus montre son appartenance au peuple fidèle, celui que le prophète Isaïe décrit dans la première lecture de ce jour.

En effet, ce passage du livre d’Isaïe parle d’un serviteur, d’un élu qui apporte la justice et la lumière aux nations. Nous pouvons y voir d’abord une évocation du peuple d’Israël, peuple élu par Dieu pour apporter Son message à tous les peuples de la terre. Sans le peuple d’Israël, nous n’aurions pas pu avoir connaissance de la Révélation, comme le rappelle la déclaration du concile Vatican II, Nostra Aetate, je cite : « L’Église du Christ, en effet, reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophète » (*).
L’élection du peuple d’Israël lui confère une grande responsabilité dans la promotion de la justice et de la paix pour toutes les nations : N’oublions pas, dans notre prière, les peuples qui souffrent de l’absence de paix et de justice, en particulier sur le territoire que Jésus a parcouru en délivrant son message d’amour.
Et nous chrétiens, par la nouvelle alliance en Jésus, nous sommes désormais à notre tour responsables de la promotion de la justice et de la paix, avec la diffusion de la bonne nouvelle dans notre monde : c’est notre responsabilité de disciples missionnaires !
La figure du serviteur selon Isaïe nous invite également, nous chrétiens, à y reconnaître le Christ. Il est l’envoyé unique de Dieu. Sa mission lui est donnée par Dieu. Et le contenu de sa mission fait écho à la parole de Jésus, lorsque Jean-Baptiste, dans sa prison, aura des doutes sur le rôle de Jésus (Mt 11) : « tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres »
Nous retrouvons dans la 2e lecture, dans ce que dit Pierre chez le centurion romain, des aspects de la mission de Jésus : « Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui ».

Jésus, l’envoyé de Dieu, n’a effectivement pas besoin de conversion, mais en demandant le baptême de Jean-Baptiste, Il manifeste sa solidarité avec notre humanité qui vit dans ce monde marqué par le péché.
Ainsi, Dieu vient nous rejoindre dans notre humanité.

En plongeant dans le Jourdain, Jésus nous offre une préfiguration de sa mort sur la croix, pour nous délivrer de nos péchés. Quant Jésus remonte de l’eau et que les cieux s’ouvrent, nous pouvons y voir une anticipation de sa résurrection, et donc la promesse de notre propre résurrection avec Lui.
Le pape Benoît XVI, dans son livre « Jésus de Nazareth » développe ce lien entre le baptême de Jésus et le baptême chrétien.

La présence de l’Esprit-Saint et l’affirmation du Père qui reconnaît Jésus comme son fils nous montre également la manifestation de Dieu Trinité. Notre baptême chrétien au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ, qui nous offre de participer à sa divinité.

Le baptême nous purifie de tous les péchés, fait de nous une créature nouvelle qui participe à la divinité du Christ, et nous incorpore dans l’Église, corps du Christ.
Ainsi, Dieu nous propose de participer à sa divinité.

Le baptême dans l’eau et l’Esprit-Saint fait en effet de nous des frères et des sœurs en Jésus, et nous confère la triple dignité de prêtre, prophète et roi ; nous participons ainsi à la fonction sacerdotale, prophétique et royale de Jésus- Christ.

Je vais tenter d’éclairer cette triple participation, pour faire vivre notre propre baptême, en m’appuyant sur ce que Saint-Jean-Paul-II a exprimé dans son exhortation apostolique sur la vocation et la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde (Exhortation apostolique CHRISTIFIDELES LAICI, 1988, Jean-Paul II, §14)

Pour illustrer notre participation à la fonction sacerdotale du Christ, nous pouvons évoquer que puisque nous sommes Incorporés à Jésus-Christ, nous, baptisés, sommes unis à Lui et à son sacrifice par l’offrande de nous-mêmes et de toutes nos activités .
Ensuite, dans notre participation à la fonction prophétique du Christ, nous sommes encouragés à recevoir l’Évangile dans la foi, et à l’annoncer par la parole et par les actes, sans hésiter à dénoncer courageusement le mal. Pour nous aider à nous engager, rappelons nous les prophètes de la première alliance ; ceux-ci n’hésitaient pas à dénoncer les injustices sociales, la
corruption des élites dirigeantes et de la justice, ainsi que les déviances dans la manière dont le culte était rendu.
Enfin, dans notre participation à la fonction royale du Christ, nous vivons la royauté chrétienne tout d’abord par le combat spirituel que nous menons pour détruire en nous le règne du péché et ensuite par le don de nous-mêmes pour servir, dans la charité et dans la justice, Jésus Lui-même, présent en tous nos frères, surtout dans les plus petits.

Notre baptême dans l’eau et l’Esprit-Saint, que nous avons reçu ou que nous allons recevoir, nous invite à vraiment vivre cette triple dignité de prêtre, prophète et roi.

Alors vivons de notre baptême et rendons gloire à Dieu qui est venu dans notre humanité pour nous faire participer à sa divinité.

(*) Le pape François, dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium rappelle le lien entre le peuple chrétien et le peuple juif (§ 247-249)