Homélie – 4ème dimanche du Temps ordinaire

Le texte des Béatitudes est au centre de la liturgie de la Parole de ce dimanche. Saint Mathieu commence son récit par une mise en scène soignée.
Ceux qui parmi vous sont allés en Palestine peuvent se remémorer ce lieu magnifique : la colline des Béatitudes domine le lac de Tibériade. Jésus donc gravit la montagne, ses disciples s’approchent. Mais saint Luc, lui, parle d’une grande foule, sûrement disparate, et Saint Mathieu, dans les versets précédents précise que Jésus guérissait des malades de toutes sortes.  Jésus va donc se mettre donc à parler.
Quoiqu’il en soit, ceux et celles qui sont là, sont dans l’attente ce que va dire Jésus. Ils ne vont pas être déçus, mais sans doute un peu surpris : les pauvres, les miséricordieux, les artisans de paix, les persécutés… sont au centre du discours sur la montagne… Dans le même temps, il y a une promesse de bonheur, « heureux » ; et une dynamique, une invitation à se mettre en marche vers le royaume des cieux.

    Les petits, les humbles, les opprimés sont omniprésents dans les textes de ce dimanche. Chez Sophonie, ceux qui plaisent à Dieu ce sont les humbles, ceux qui ont le dos courbé en subissant le poids de la vie ; mais aussi ceux qui font la volonté du Seigneur, ceux qui cherchent la justice et l’humilité. Dans le psaume, le Seigneur fait bénéficier de sa protection, de son soutien et de ses largesses les opprimés, les affamés, les enchaînés, les aveugles, les accablés, mais aussi les justes. « Il protège l’étranger et soutient la veuve et l’orphelin. »
Dans l’Evangile, la liste de ceux à qui Jésus promet le bonheur ce sont les pauvres, les doux, ceux qui pleurent etc… C’est étonnant, ça décoiffe… c’est à l’opposé des critères de réussite de notre monde : la richesse, le pouvoir, l’argent, la domination, sans limites sur la terre et les êtres vivants. Les béatitudes sont à l’opposé de ces valeurs. Jésus en prend le contrepied. Saint Paul ne dit pas autre chose dans la deuxième lecture :
« Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ;
Ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ;
Ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. »
La sagesse de Dieu n’est évidemment pas la sagesse des hommes. La sagesse de Dieu n’est pas dans l’avoir et la possession, elle s’inscrit dans la logique de l’Amour.

    Les béatitudes sont une promesse de bonheur. Chaque phrase est courte, percutante et souvent paradoxale. Certaines de ces affirmations sont facilement compréhensibles, et acceptables, même si elles sont exigeantes. Dans le monde où nous vivons, être pauvre de cœur, doux, miséricordieux, artisan de Paix ne va pas de soi, cependant, c’est le chemin que Jésus nous invite à prendre pour trouver le bonheur.
Mais d’autres affirmations sont abruptes, je dirais ‘difficiles à avaler’ : faut-il souffrir, être persécuté ou insulté pour être heureux ? Jésus a passé son temps à guérir, à relever les personnes qui étaient au plus bas, les malades, les handicapés, les paralytiques… C’est-à-dire que toute souffrance, toute maladie est un mal à combattre.
Faut-il pleurer pour être consolés ? Il y a les larmes de souffrance, les larmes du repentir, comme celles de Pierre qui renie trois fois son maître… ces larmes-là sont des larmes de reconnaissance de sa trahison, de son péché et un appel à la miséricorde infinie de Dieu qui aboutit à la consolation. Mais on ne peut pas dire, d’emblée, à une personne endeuillée par la mort d’un conjoint, d’une mère, d’un enfant « vous serez consolés. » Dieu est là, certes, pour apporter consolation et espérance, mais il faudra du temps, parfois beaucoup de temps
pour se tourner vers la vie et « être consolé. ».

    Les béatitudes sont une invitation à nous mettre en marche, à faire preuve de douceur, de miséricorde, à être artisan de paix et de justice. Elles sont d’abord une invitation, à nous regarder nous-même, à regarder les hommes et le monde, avec le regard de Dieu : Le royaume de Dieu est déjà présent là où ne l’attendons pas, dans la pauvreté de cœur, dans la pureté, dans la douceur, dans la miséricorde, dans la recherche de justice, et même dans les larmes et les insultes… sachons nous émerveiller, voir les bourgeons du royaume qui surgissent
même à partir des pauvretés et des misères de la vie.
    Les béatitudes sont une invitation à agir, à ne pas nous laisser dominer par les fausses valeurs du monde qui font recette actuellement. Le bonheur se trouve du côté de l’ouverture aux autres, du don et de l’humilité. C’est dans cette voie que nous pouvons accueillir le don de Dieu, vivre en harmonie avec nos frères et sœurs, trouver la joie, et gouter aux prémices du Royaume des cieux.

Ce texte des béatitudes correspond exactement au chemin suivi par Jésus.
Chaque béatitude explicite un aspect du visage de Jésus. C’est lui « le pauvre de cœur » qui reçoit tout de son Père. C’est lui le doux et le miséricordieux qui a passé une grande partie de sa vie auprès des moins que rien, les petits, les malades. C’est Lui, qui a été insulté, persécuté, pour nous ouvrir le Royaume des cieux. Nous pouvons passer en revue toutes les béatitudes, Elles nous révèlent le vrai visage du Christ.

Dans notre parcours de vie, parfois joyeux et paisible, parfois cahoteux voir douloureux, sommes-nous en capacité de vivre les béatitudes proposées par Jésus? Nous savons bien que seuls, avec nos propres forces, ce sera bien difficile, mais si nous nous appuyons sur nos frères et sœurs et sur le Christ nous avancerons sur ce chemin, promesse du bonheur.

Yves Michonneau, diacre